L'USO ARAGO, SANG ET OR

Les archives du club de football orléanais

23 janvier 2008

ENTRETIEN FRANCE FOOTBALL / BERDOLL 28/08/84

Berdoll : « Nous progressons sans cesse »

par Jean-Philippe COINTOT

ORLEANS. — B comme Berdoll, B comme buts ; même si l'avant-centre Orléanais n'a pas marqué contre Sedan samedi soir, il est cependant l'auteur des deux premières réalisations de son équipe qui ont propulsé Orléans à la deuxième place du Championnat (ex aequo).

Pour un joueur dont les dirigeants ont mis du temps avant de savoir s'il était souhaitable ou non de renouveler son contrat, c'est une belle revanche.

« Perdre un point à domicile contre Sedan, cela doit vous embêter.

— Non, car nous avons réalisé un très bon match. Il nous a seulement manqué un peu de réussite. Nous avons eu, c'est vrai, beaucoup d'occasions, mais nous sommes tombés sur un supergardien (Dupuis). Et puis, les Sedanais étaient venus avec l'évidente intention de prendre un point, ce qu'ils ont fait.

Notez-vous un léger mieux tout de même, comparativement aux deux précédents matches ?

— Sans aucun doute, il y a une progression certaine. Ce n'était évidemment pas le même contexte, mais la progression est très nette. Contre Sedan, nous avions peur de nous faire prendre en contre, et puis, au fur et à mesure que le temps passait, nous nous sommes libérés, sans toutefois marquer.

Comment expliquez-vous le fait qu'Orléans ait si bien commencé le Championnat ? Est-ce dû à l'adoption du statut professionnel qui a libéré certains joueurs ?

— Non, cette année, nous n'avons changé que deux joueurs dans l'équipe, les automatismes viennent donc tout de suite. Chacun a son rôle bien précis sur le terrain.

Pourtant, contre Sedan, le public, à la fin du match, n'était pas content, et l'a fait savoir en vous sifflant copieusement.

— Oui. Eh bien, si le public nous poussait un peu plus, cela nous ferait du bien. Toutes les équipes, chez elles, ont ce que l'on appelle un douzième homme. Pour nous, ce n'est pas le cas. Personne ne nous aide.

Il paraît que, la saison dernière, les dirigeants n'étaient pas très chauds pour vous renouveler votre contrat. Ayant marqué deux fois lors des deux premières journées, cela a dû vous faire plaisir.

— Pour ce qui est de mes buts, ils sont l'œuvre de toute l'équipe, cela fait partie d'un tout. Pour ce qui est de mon contrat, c'est vrai qu'il y a eu des problèmes. Quelques dirigeants et certaines personnes de la mairie ne voulaient plus de moi. Ce sont Jacky (Lemée) et Serge (Chiesa) qui ont insisté pour que je reste. Cela m'avait fait mal à l'époque. Il n'est pas normal que des gens de la mairie s'immiscent dans ce genre d'affaires. Moi, je n'ai qu'un patron, et c'est Jacky Lemée. Point final.

Alors, que comptez-vous faire la saison prochaine ?

— Je n'ai resigné que pour un an, après je ne sais pas. J'aimerais bien jouer sous les couleurs d'Orléans deux ou trois ans encore, mais on verra cela plus tard.

N'êtes-vous pas tenté par une carrière d'entraîneur ?

— Oh ! non, pas du tout ! C'est trop ingrat comme métier. Quand cela va mal, le seul responsable, c'est l'entraîneur. Ce qui me plairait, en revanche, c'est de m'occuper d'un petit club chez moi, dans l'Est, où je possède une maison. Cela me permettrait de rester dans le milieu du football.

Dernière question : fumez-vous toujours autant ?

— Oui, toujours un paquet par jour. Il y a trois ans, j'avais fait un pari avec M. Bellot : si je venais à Angers, j'arrêtais de fumer. En deux mois sans cigarettes, j'avais pris sept kilos. Je m'y suis donc remis et je suis revenu à mon poids de forme, 68-69 kg. »

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ENTRETIEN BERDOLL / Gérard ETCHEVERRY 25/09/84

Comment va Marc Berdoll ?

C'est la première question que j'ai posée à celui qui fut jadis l'enfant terrible du football français. Normal, puisqu'il est actuellement au repos pour soigner une petite déchirure à la cuisse droite, qu'il s'est faite bêtement, un soir à l'entraînement, il y a de cela deux semaines.

Vacances forcées donc à Darvoy, à 15 kilomètres d'Orléans. Maison au milieu du village. L'église pointe son nez au bout de la rue. C'est la campagne ici, c'est tout plat. Bon Dieu, que c'est plat la Beauce !...

Et l'on se dit tout de suite que le personnage détonne avec ce paysage uniforme. Sa carrière surtout, faite de hauts et de creux, de pleins et de déliés, et qu'on aurait bien du mal à tracer d'une seule ligne droite sur une feuille blanche. Il y a là un contraste évident.

Marc à trente et un ans. C'est l'heure où le bilan d'une carrière approche, où l'on penche la tête davantage en direction du passé. Où l'on fait le point. Pour un oui. Pour un non.

« C'est bête cette blessure tout de même. Je ne peux même pas accompagner les copains à Mulhouse, c'est d'autant plus bête que je n'ai jamais été blessé dans un match. Les coups durs m'arrivent toujours en dehors des rencontres. Tenez, c'est comme il y a deux ans quand je m'étais fracturé un doigt de pied un après-midi à l'hôtel à Besançon. »

Il n'y a qu'à lui qu'il arrive des trucs comme ça. Et combien d'autres. C'est comme ce comeback qu'il espère bien faire en Première Division si Orléans va jusqu'au bout de son pari. Ça serait pas ordinaire ça ? « On n'en est pas encore là, mais c'est sûr qu'on a un bon coup à jouer cette saison, semble-t-il, après un très bon début de saison, ce qui est souvent notre cas, mais, d'ordinaire, on rentre dans le rang après trois ou quatre matches ; cette fois, on est toujours dans la course. »

Marc Berdoll en analyste. Version inconnue du personnage : « Pourquoi on marche si bien ? Parce qu'on n'a pas chamboulé l'équipe. La défense et le milieu n'ont pas bougé. Parce qu'on est soudé comme jamais j'ai vu en quatorze ans de carrière, parce qu'avec « Patou » c'est extra, on discute tous ensemble avant un match, beaucoup plus qu'avant. »

Patou, c'est Jacky Lemée pour ceux qui ne l'avait pas deviné. « Le vieux, le gros, Mimile » qu'il l'appelle aussi. Il l'aime bien Marc, le père Lemée, car, sans lui, il serait peut-être au chômage actuellement : « C'est lui qui s'est battu pour que je reste à Orléans, les dirigeants, ils n'étaient pas chauds. Sans doute le fait que je marque onze buts l'an dernier n'était pas suffisant ! Je ne vous dis pas, je n'ai pas apprécié. D'accord, j'ai resigné pour un an. Mais avec certaines personnes, ce n'est plus comme avant. Je dis bonjour, parce qu'il faut dire bonjour, uniquement. »

Il ne changera pas Marc Berdoll. Toujours le caractère bien trempé, comme de l'acier. Toujours le sens du but aussi aiguisé : « C'est vrai ça, je m'améliore au fil des années : la première année à Orléans, j'ai marqué huit buts, l'an passé, onze ; cette saison, je n'en suis encore qu'à deux, mais en quatre matches seulement. »

Pourtant, il est encore loin de son record. Personne n'a oublié, en effet, qu'il fut le meilleur buteur français de Première Division, pendant la saison 1973-1974. « Le problème, c'est que Carlos Bianchi m'a devancé sur le fil avec trente buts, à cause de ce fameux match Monaco-Reims, 8-4, qui a tant fait parler de lui la dernière journée. »

N'allez pas croire, pour autant, qu'il en veut au Rémois : « Carlos, c'était un peu mon idole à l'époque, juste derrière Gerd Muller. J'ai bien dû jouer une dizaine de fois contre lui, et, il m'a toujours impressionné. Rarement vu un gars avoir le sens du but comme lui, même encore maintenant, puisque je l'ai vu, l'autre jour, contre nous à Orléans. C'est sûr qu'il bouge moins qu'avant, mais, pour peu, qu'il reçoive un bon ballon, il sait encore s'en servir. Et puis, quel que soit l'âge, il possédera toujours deux qualités supérieures aux miennes : il marque des buts de la tête, ce qui a toujours été mon point faible, et il tire les penalties... »

Sept centimètres, c'est aussi l'avantage que possède Bianchi sur Berdoll. Ça compte, lorsqu'on joue avant-centre, ce qui n'a pas empêché l'ex-Angevin de trouver rapidement le chemin des filets avec son mètre soixante et onze, lui, qui était plutôt destiné au poste de gardien de but.

Commençait alors une carrière prometteuse. Fulgurante même les premières années. Le voici international à vingt ans. Pour un coup d'éclat, c'est un coup de maître puisque deux minutes après être entré en jeu à la place de Lacombe, il marque déjà son premier but en reprenant un centre de Marc Molitor, son copain d'Angers. Le pied !

Quinze autres sélections vont suivre dont une participation au Mundial 1978, en Argentine, où il jouera deux matches : contre l'Italie, en remplacement de Lacombe, là encore, et contre la Hongrie, vous savez le fameux match avec l'affaire des maillots !

Dernier match contre les USA, un an plus tard. Et comme par hasard, toujours en remplacement de Lacombe.

Le livre se referme de lui-même. Trop tôt sans doute. Il est encore si jeune à vingt-six ans ! Le feu passe déjà à l'orange ! Et cette galère de Sarrebruck qui l'attend, et Amiens, la Troisième Division, un peu plus tard...

« C'est vrai que Sarrebruck a été un four, dit Berdoll. Drôle d'histoire, j'étais en vacances chez mes beaux-parents, à Sarreguemines, quand un dirigeant allemand est venu me chercher.

Je n'ai joué que deux-trois matches, après je n'ai plus jamais plus rejoué et je n'ai jamais su pourquoi. Pourtant, le public me réclamait sur l'air des lampions... Physiquement qu'est-ce que c'était dur, pourtant, c'est là-bas que j'ai compris que le physique avait son importance car, jusque-là, j'avais des entraîneurs qui donnaient la priorité au technique comme Lucien Leduc ou Pancho Gonzales... »

Les ennuis commencent. Ils avaient déjà démarré à Marseille la dernière année où Berdoll recevait des lettres de menace de la part de supporters mécontents. Retour à Angers. Le chômage bientôt. Amiens... « Je leur dois beaucoup aux dirigeants picards, ils ont été si compréhensifs. »

Un jour qu'il joue en Troisième Division avec Amiens à Melun, un radioreporter vient le voir au vestiaire et lui demande : « A quand votre retour en équipe de France, Marc Berdoll ? » Et lui de répondre : « Et vous à quand vos débuts de journaliste ? »

Et vlan ! Il est comme ça le Marco. « C'est vrai je dis des choses qui surprennent parfois. Je dis toujours ce que je pense, c'est peut-être mon défaut, mais je ne changerai pas. C'est comme cette histoire de cheveux, je fais exprès de les garder encore longs, rien que pour embêter ceux que ça dérange. » Et re-vlan !

Le tabac non plus, il ne changera pas. Un paquet par jour, parfois moins. « Ça ne me gêne pas pour le souffle. »

« Tu te drogues », lui lance pourtant Marianne, son épouse, qui donne le biberon à Anne, trois mois, la petite dernière de la famille.

Il encaisse. Il a toujours encaissé d'ailleurs : « On dit souvent que je suis passé à côté d'une grande carrière ; moi, je dis que j'ai pas si mal réussi que ça, mon seul regret c'est de n'avoir rien gagné, pas une Coupe, pas un Championnat, rien qu'un titre de Deuxième Division avec Angers, c'est ça mon seul regret... Mais surtout pas d'avoir joué avant-centre malgré le côté ingrat : si Platini a fait un super-Championnat d'Europe, c'est quand même bien en partie grâce à Lacombe, mais ça, personne ne l'a remarqué, personne ne remarque jamais ce que nous faisons, nous, les avants-centres. »

Et re-re-vlan! Berdoll a asséné son troisième et dernier uppercut ! Le K.-O. est proche.

Posté par AGARO à 22:05 - ARCHIVES 1980 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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